Valentina !

Lettre aux visiteurs du FDP, Paris  (Le FDP est un espace d'art indépendant + un cinéma)

Valentina est une oeuvre, une installation disent-ils, et une exposition faite sans volonté réelle mais plutôt en écoutant une petite musique intérieure.

Un samedi soir, une visite.

À l’atelier de Livia J., il est 22 heures.

Livia Johann est vêtue en sexy travailleuse (c’est-à-dire avec une salopette trop belle pour être tachée) et tient un pinceau blanc. Instant de foudre : « je vais t’aider » lui dis-je soudain. C’est aussi cela «être» commissaire d’exposition.

Avez-vous déjà nettoyé les vitres d’un atelier d’une artiste qui a fait de l’effort sa pierre angulaire et qui pourrait aisément appeler sa meuleuse mon amour ? Non ? Eh bien, c’est très sale ! Pour se faire elle me prêta une chemise.

Après les vitres, un caprice me prit. Tout nettoyer, tout ranger avec Livia ! La peinture finie, j’eus cette petite lubie de symétrie d’installer ce socle triangulaire en continuité du mur. Dans mes allers-retours je croisais la route d’une plante sans terres. En trois mouvements elle reprit son vert et sa posture d’apparat. Son nom : Valentina ! Sa place était toute choisie : sur ce socle de miroirs ! La chaise était par là, elle était désormais là, juste à côté.

Ça nous troublait : quelque chose prenait forme. Je mis ma chemise sur la chaise, pour ne plus dire que cette chaise attendait un cul mais était elle-même un corps, un cul.

« Tu n’as pas une banane pour faire la bite ? » demandais-je à Livuis bien trop occupée à se faire un abat-jour avec un saut en plastique. « Non » me répondit-elle.

Je jouais encore et vu ces magnifiques masques d’Alice Bigot. J’en pris un, qui mit là, en hauteur, à la faveur d’une attache déjà présente, donnait à l’installation une ampleur, et par là, peut-être un sens.

On s’éloignait pour voir. On tournait, on avançait et regardait selon des angles différents pour se faire tromper par les reflets des miroirs. Dans le besoin d’une lumière supplémentaire pour l’atelier, Livia avait trouvé ce serpent vert de lumière qui devint double dans cette illusion offerte.

Pour l’interprétation, si interprétation il y a : je vous laisse voir, attendre et voir. Nous, Livia et moi, nous avons attendu et nous avons vu.

Mais seulement vous dire que si un instant de ménage et de rangement peut donner lieu à une « oeuvre » et son exposition alors tous les instants peuvent donner lieu à une oeuvre et à une exposition. Il suffit de trouver un espace vide, un mur vide de dire que cet espace s’appelle espace d’exposition, que quelqu’un regarde cette oeuvre dans  cet espace et l’exposition commence.

Bises

Julie